Portraits

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mardi 5 février 2008

Yadwinder, le petit Sikh

Un jour que j'étais à l'école (en tant que parent, je ne suis pas en train de vous raconter mes souvenirs d'enfance), j'ai vu arriver tout une famille de sikhs, le papa, la maman, les deux sœurs et le petit frère. Ici, comme il y a une classe de CLIN (pour les primo arrivant ne parlant pas un mot de français), des arrivées de gens différents, on en voit souvent. Ils viennent, envoyés par la mairie, inscrire leurs enfants. Car le tout premier réflex de ceux qui se réfugient chez nous, c'est d'amener leurs enfants à l'école libre, laïque, obligatoire et... gratuite.

Alors, à peine installés, les bagages tout juste posés dans la chambre d'hôtel, ces parents-là courent à la mairie inscrire leur progéniture, et viennent ensuite en courant confirmer cette inscription chez Madame la Directrice. Ceux-là ne faisaient pas exception.

A quoi ai-je su qu'ils étaient sikhs. Au deux hommes de la familles. Le père arborait un magnifique turban et le fils, un tout petit qui enserrait juste sa natte. Les deux filles étaient vêtues de costumes d'emprunt, des tenues de garçons en opposition avec leurs longues tresses. Et la mère était en sari. Ils sont entrés dans le bureau de la directrice. Je suis repartie vers d'autres occupations. Et je les ai oubliés.

Et puis Yadwinder était entré dans l'école et dans la classe d'une de mes filles. Yadwinder, un enfant long, aux traits fins, au cheveux jusqu'au creux des reins retenus d'un simple élastique et qui jouait au foot comme un garçon. Et pour cause, c'en était un. Je n'avais tout simplement pas reconnu le petit sikh à l'école entraperçu. Sans son mini-turban (parce que vous comprenez, me diront plus tard ses parents, le règlement de la France, il faut le respecter).

En dehors de ses cheveux très long, Yadwinder est un gamin comme les autres. Turbulent, joueur, amusant, chahuteur. Peut-être un peu plus autonome que les autres quand il lui faut traverser en métro tout Paris pour venir à l'école. Car, si les familles changent souvent d'hôtel, on ne peut pas changer les enfants d'école à chaque fois.

Un soir, j'avais rendez-vous comme tous les parents, avec la maîtresse de ma fille pour la remise du bulletin scolaire. C'est une institution chez nous. A chaque trimestre, les instituteurs reçoivent tout le monde et ça dure... La famille qui me précédait était celle de Yadwinder. J'étais dans la pièce à côté et sans entendre ce qui se disait, je reconnus la voix du gamin qui manifestait son désaccord. Puis je le vis sortir en pleurant de rage, suivi de sa mère et d'une de ses sœurs, souriantes, elles...
Le lendemain, je demandais à ma fille :
« Il a des problème Yadwinder, en classe ?
– Yadwinder, t'es folle, c'est un des meilleurs.

Il n'était là que depuis six mois. A son arrivée, il ne parlait pas un mot de français. Quelques mois plus tard, il sautait une classe. S'il pleurait ce soir-là, c'était de ne pas y arriver plus vite.
Depuis il caracole en tête et fait un brillant CM2. J'ai appris qu'il en était de même pour ses deux grandes sœurs.

Seulement, leurs parents sont sans-papiers. Et vivent sous la menace réelle et sérieuse d'une expulsion qui pourrait se produire à tout moment. Leur parrain fait tourner une pétition. Dans son texte, il vous explique bien mieux que moi leur situation. Là bas, dans leur pays, les parents, mais aussi la fille aînée, ont connu la torture et ils risquent la mort, tout simplement. Ils veulent rester, ils ont les capacités de s'intégrer et de devenir des personnes de talent. Nous voulons les y aider. En signant et faisant à votre tour tourner la pétition, vous nous aiderez à les protéger.

Photos de famille
Photo Luc Pages

dimanche 16 septembre 2007

Ils sont affolés

Nous parlons longuement, à voix basse. Ils me racontent leur arrivée en Guyane, de nuit, clandestinement, sur une pirogue venue du Surinam

Les parents de Samson se sont saignés pour payer le voyage en avion jusqu’à Paramaribo ainsi que le passeur qui fait traverser le fleuve Maroni.
Ils ont solennellement investi leur fils d’une mission : réussir à l’école et avoir un diplôme pour assurer leurs vieux jours. Cela fait 8 ans et il ne les a pas revus.
Un membre de sa famille proche l’héberge dans un tout petit appartement mais la vie est chère et Samson pas bien épais, pas bien grand non plus pour un garçon de son âge.
Heureusement, une belle force de caractère lui permet d’avoir un cursus scolaire tout à fait honorable. Ca n’était pourtant pas gagné d’avance.
Bien qu’il ait toujours eu sur lui le fameux certificat de scolarité sensé lui éviter l’expulsion, nous avons redouté une arrestation et Samson savait quels numéros de portables appeler au cas où…
Désormais, Samson n’est plus clandestin. Il a enfin une carte de séjour et peut circuler sans craindre les rafles.
Devenu un jeune adulte très mûr, qui s’est construit comme il a pu, sans l’appui d’une famille, il veut mettre à profit sa formation et créer son entreprise en Guyane.

Marie Jolie a été choisie, c’est le mot qui convient, par une riche tante qui souhaitait offrir une compagne de jeux à sa fille unique. Alors, en quelques heures, l’affaire était entendue et elle quittait sa famille.
Elle se demande encore maintenant pourquoi ce n’est pas l’un de ses 11 frères et sœurs qui a séduit cette femme. Préférant la misère dans sa famille à la jolie maison de sa tante, jamais elle ne pardonnera à ses parents d’avoir cédé à cette demande. Après qu’on l’a refusée dans un lycée de la ville sous prétexte qu’elle n’était pas au niveau, elle poursuit maintenant une brillante scolarité grâce à une voisine qui a su taper à la bonne porte.

Ils se sont connus au lycée et ont reconnu l’un chez l’autre les marques des mêmes souffrances.
Ils décrivent l’absence d’affection et les nuits blanches à sangloter dans leur lit, l’indifférence, l’humiliation de tout devoir à des personnes qui ne les aiment pas, l’envie de s’enfuir et retourner à Haïti voir leurs mères.
Ils regrettent de ne pas voir grandir leurs frères et sœurs, ne connaissent pas les plus jeunes, redoutent la disparition de leurs parents.

Depuis 5 ans, ils ne se passe pas de jour sans qu'ils n'aient peur d'un contrôle d'identité. Pourtant, ils affirment que leur avenir est ici. Ils se sentent plus Français qu’Haïtiens.

Il fait nuit sur la terrasse. Marie Jolie pleure, Samson lui tient la main. Ils ne veulent pas être séparés.

La visite de Briseur Heurtefaux en Guyane le 5 septembre les a affolés.


Une texte d'Oxygène

vendredi 14 septembre 2007

J'entends des cris

J'entends des cris
une petite fille hurle
j'entends ces larmes
d'innocence meurtris
et mon coeur capitule
quand mes mains prendraient les armes

J'écoute le silence
l'étouffement
de mes voisins
cette étrange danse
d'évitement du sang
sur leurs mains

Je connais l'injustice
faite à l'étrange
la différence désignée
comme coupable du précipice
la face voilée qui dérange
le côté pile de nos facilités

Je sais l'indifférence
de mes con-citoyens
qui ont perdu leur humanité
dans la peur en violence
A se croire au dessus des chiens
Se retrouve mordu la langue liée

J'écris contre l'impuissance
contre ma propre rage
contre mon inutilité
J'écris contre cette démence
contre la mise en cage
pour tous les oubliés


40 écoles du 18e pour défendre les sans-papiers

texte Luciole, photo Akynou

jeudi 8 février 2007

Le petit joueur de foot

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mardi 30 janvier 2007

Chacun son étonnement

C'est une amie québécoise, qui vient de s'installer en France et qui a eu bien peur de ne pouvoir y arriver, qui a écrit ce portrait, celui d'un homme qui cherchait une terre d'accueil…

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vendredi 26 janvier 2007

Trajectoire

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lundi 6 novembre 2006

Nino et Georgi, les déracinés

Nino a 28 ans, elle est géorgienne. Georgi, son fils, vient d’avoir 8 ans. Il va à l’école du quartier. Tant qu’il est en classe, elle respire. Mais dès qu’il sort de l’école, c’est l’angoisse. En effet, elle est sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière, que l’on appelle plus communément APRF. Si elle est arrêtée avec son fils, c’est le centre de rétention assuré. Et l’expulsion vers la Géorgie. Où elle ne veut pas retourner. Qui n’est plus son pays. Elle n’a plus aucune attache là bas. Quasiment toute da famille a quitté le pays. Son père l’a reniée. Son ancien mari ne veut ni la voir ni connaître leur fils. Pour elle, sa place est ici, en France, pays qu’elle a choisi quand toutes les portes se sont fermées, ailleurs.

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jeudi 19 octobre 2006

Guita, portrait d'une femme libre

Guita se glisse sans peine sur la banquette en face de moi. Petite, menu, le visage fin et des yeux verts en amandes, elle a un sourire discret et une douceur qui donnent une autre dimension à cette apparence fragile. Il y a de la détermination dans ce sourire-là.

Elle est arrivée en France le 8 janvier 2004, avec ses trois enfants, un garçon qui a aujourd’hui 15 ans, et deux filles de 13 et 8 ans. Ils ont fuit l’Iran pour une histoire de Livre. Envoyé en Turquie de longs mois pour un boulot de commercial, son mari en revient muni d’un opuscule sur une religion qui n’est pas celle préconisée par son pays. Il a été mis immédiatement en prison, lui, le vétéran de la guerre Iran Irak, blessé au combat. A sa libération, la famille n’a pas hésité. Le danger était trop grand. Il fallait fuir, fuir avant que les gardiens de la révolution ne reviennent.

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